jeudi 17 mai 2007

17, 19, 21 rue La Fontaine, 8, 10 rue Agar et 43 rue Gros (16e arrondissement)


L’ensemble immobilier de la rue Agar fut une des entreprises les plus ambitieuses de Guimard. Conçu sur des terrains de son ami et principal commanditaire, l’industriel Léon Nozal, le projet devait comporter treize immeubles. Pour en assurer la promotion et la gestion, la Société immobilière de la rue Moderne fut créée, regroupant l’ensemble des partenaires financiers de l’architecte. Sous des appellations différentes, elle allait être à l’origine d’autres projets spéculatifs, avant et après la Grande Guerre.
En commençant la construction par les édifices ouvrant sur la rue La Fontaine, Guimard nous a permis de juger de l’allure que l’ensemble achevé aurait pu avoir. Car six d’entre eux, seulement, purent être réalisés.
La demande de permis de quatre premiers immeubles date du 3 juin 1910 : elle était relative à l’intégralité du bloc délimité entre la rue La Fontaine et la future rue Agar, alors très symboliquement appelée “rue Moderne”. Mais l’édifice intérieur n’allait jamais être construit.












Le 9 juillet suivant, une nouvelle demande fut publiée, pour le 21, rue La Fontaine. On en resta là pendant plus d’une année, la société immobilière commençant rapidement à connaître des difficultés. C’est d’ailleurs sous une nouvelle appellation - la Société générale de constructions modernes -, qu’elle publia un dernier permis, pour les deux immeubles finalement construits dans la rue Agar, le 27 novembre 1911.
Malgré son caractère inachevé, ce vaste ensemble d’immeubles donne une assez bonne idée de ce qu’aurait pu être une “rue Guimard”. Dans son style “classique”, faisant un bel usage de la pierre de taille et de ses modèles de fontes artistiques, l’architecte a dessiné des édifices bourgeois, très élégants, avec de jolies idées de toitures arrondies pour protéger quelques fenêtres des derniers étages. Les portes d’entrée, pour leur part, ont une fine décoration sculptée d’influence médiévale en forme de pinacle. Mais on sent malgré tout une certaine difficulté à varier les façades. Il n’est pas interdit d’être déçu par une telle uniformité, à l’image de tous ces vestibules, assez sobres, aux ornements stuqués toujours très inventifs, mais où l’architecte, déjà rentré dans le rang, ne s’essaie plus à quelque nouvelle acrobatie décorative. Les appartements, de la même façon, se voulaient d’une pareille élégance, fonctionnels, rassurants.

Un joli détail mérite d’être admiré : le grand cartouche sculpté, apposé à l’angle du 43, rue Gros, en l’honneur de la tragédienne Agar, dont la rue nouvelle prit finalement le nom. Cette inscription fit l’objet d’une inauguration, dont la revue “La Construction moderne” rendit compte en détails. Malheureusement, cet article fut un des seuls à avoir signalé la naissance du groupe immobilier. Et encore ! Guimard dut lui-même prendre la plume pour assurer la promotion de son travail.

Il serait dommage de quitter la rue Agar sans aller en admirer l’esquisse, au 11, rue François-Millet tout proche. Conçu pour E. Trémois, ce joli immeuble fit l’objet d’une demande de permis publiée le 24 août 1909. L’essentiel de la structure et du style des édifices de la rue Agar s’y reconnaît déjà. Mais son isolement le rend sans doute beaucoup plus remarquable. La vente des appartements fit l’objet d’une publicité où il était déclaré que l’eau chaude était gratuite..., un argument de vente qui fut ensuite conservé pour les six immeubles de 1911.

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