jeudi 17 mai 2007

16 rue d'Abbeville et rue du Faubourg-Poissonnière (10e arrondissement)


Georges Massa est un architecte très singulier, difficile à connaître, presque insaisissable. Irritant et fascinant, par bien des côtés. Ses œuvres sont rarement signées, et les plus belles ne le sont jamais. Surtout, il semble se volatiliser complètement dès 1905, Charles Adda signant seul, cette année-là, l’immeuble assez banal qu’ils dessinèrent ensemble, à l’angle de la rue de Tolbiac et de la rue Bobillot.
Massa est aujourd’hui si mal connu que l’édifice présent, construit pour M. Gehrling, qui en signa la demande de permis le 7 mai 1897, fut pendant longtemps attribué à Jules Lavirotte. Il n’a pourtant rien en commun avec le génial auteur de l’immeuble de l’avenue Rapp, en dehors d’un goût certain, mais ici très partiel, pour l’exagération.
La question doit donc être posée : Massa mérite-t-il d’entrer dans une histoire de l’architecture Art Nouveau ? On peut indifféremment y croire ou en douter. Son chef-d’œuvre absolu, la villa Eden Roc, qu’il construisit à Golfe-Juan pour lui-même - malheureusement aujourd’hui détruite -, était d’une incroyable fantaisie et d’une divertissante variété, mais ses détails n’avaient presque rien d’Art Nouveau.


L’imposant immeuble de la rue d’Abbeville, adjacent au bel édifice des Autant, nous conduit à de comparables interrogations. D’une manière générale, il relève de l’éclectisme le plus orthodoxe, avec ses guirlandes de fleurs, ses ferronneries banales, les balustres en pierre sagement alignés de ses balcons. Pourtant, une surprenante démesure perturbe et enrichit cette belle ordonnance, grâce aux monumentales cariatides supportant les deux travées d’encorbellements vitrés. Ces femmes, hautes de la taille d’un étage, ont un indéniable charme “Belle-Epoque” qui leur assure, d’emblée, une sympathique place de choix dans notre voyage dans l’architecture 1900.

Mais cela suffit-il pour faire de l’édifice un chef-d’œuvre ? L’époque de sa conception est malheureusement trop précoce pour avoir conduit son auteur à succomber entièrement aux charmes du Modern Style. Hélas, il ne s’agit pas vraiment d’un problème de dates ; nous verrons, à propos de l’avenue Mac-Mahon, que Massa restera toujours à la porte de l’Art Nouveau, sans jamais totalement y entrer.

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