mercredi 2 mai 2007

16 bis avenue Elisée-Reclus (7e arrondissement)


Après les excentricités de Lavirotte, l'immeuble d'Alexandre Barret (1863-1921) paraîtra d'une sagesse un peu nue, mais ô combien salutaire et rafraîchissante. Cet architecte est suffisamment rare à Paris pour mériter un petit détour. Resté adepte du rationalisme cher à Viollet-le-Duc et Anatole de Baudot - qui prônait un retour à l'authenticité de l'architecture, et dont l'Art Nouveau s'est maintes fois réclamé -, on le connaît surtout pour quelques belles réalisations à Boulogne-Billancourt -où il fut architecte municipal -, en particulier une charmante petite maison sur l'avenue de la Reine, miraculeuse préservée, la salle des Fêtes et la maison de repos de la rue des Abondances. Barret laisse toujours clairement apparaître les lignes de force de ses constructions, principalement conçues comme des volumes clairement reconnaissables en façade, auxquels le décor, toujours sobre, est complètement soumis. Ici, sur l'avenue Elisée-Reclus, le porche d'entrée est parfaitement isolé et la cage d'escalier signalée par une forte saillie ; sur le Champ-de-Mars, les espaces sont soulignés par un jeu d'arcs au rythme joliment irrégulier. En somme, un petit bijou tout simple, où les éléments sculptés ou colorés - quelques carreaux et panneaux de Bigot - restent toujours très discrets.
Il n'a pas été simple de retrouver la date de construction de ce bel immeuble. Par chance, il a été plusieurs fois publié à son époque, et notamment dans les "Monographies de bâtiments modernes" de Raguenet (n°241). Celles-ci nomment clairement l'architecte, mais ne font qu'évoquer sommairement le propriétaire, sous le nom de "M. de T...". Ces quelques informations suffisent heureusement à retrouver la demande de permis de construire, à la date du 11 avril 1907. Cette fois, l'architecte n'est même pas mentionné, mais le commanditaire est plus précisément identifié : de Tavernier, demeurant alors au 67, rue de Prony. La publication de Raguenet apporte plusieurs autres précisions intéressantes. En premier lieu, que l'édifice fut conçu comme un vaste hôtel particulier, mais avec la singularité des deux derniers étages, qui étaient proposés à la location. Ensuite, grâce à ses beaux dessins, elle propose des vues d'un majestueux grand salon, ouvert sur le jardin, d'un Art Nouveau joliment teinté de style roman, et nous apprend alors que le sculpteur ayant réalisé sa décoration était Pierre Seguin, un bel artiste qui collabora à plusieurs autres belles maisons de style 1900.Ce salon existe-t-il toujours aujourd'hui ? On aimerait l'espérer.

1 commentaire:

EC a dit…

Je viens de découvrir l'immeuble aujourd'hui. Les céramiques ne sont pas de Bigot, mais bien de Gentil & Bourdet. http://www.gentil-bourdet.fr/details/notices/immeuble%20barret.htm