jeudi 17 mai 2007

14 rue d’Abbeville (10e arrondissement)


Deux curieux animaux nous regardent, depuis le beau balcon à colonnes qui couronne le bow-window central d’un bien curieux immeuble. Mais ce hibou et cette chauve-souris, paraissant surveiller les allées et venues des passants dans la rue, sont-ils plus inquiétants qu’amusants ?
Albert et Ed. Autant ont dessiné cet édifice pour Mme Balli, qui en demanda le permis de construire le 25 mai 1900. Le père et le fils furent assez peu souvent associés, Albert restant l’architecte le plus productif des deux. Mais, s’ils collaborèrent quelques fois avant 1900, l’immeuble de la rue d’Abbeville fut leur dernière œuvre commune, et la seule qui ait permis à leur nom d’être parvenu jusqu’à nous, grâce au joli succès qu’elle rencontra dans la presse contemporaine.














En soi, la structure générale de l’édifice apparaît d’une grande simplicité, affichant même ouvertement sa stricte symétrie. A cela, rien de véritablement étonnant, puisque l’aîné des Autant semble avoir commencé sa carrière dès la fin des années 1870, soit à une époque où un solide bagage classique suffisait à faire un bon architecte. Mais l’encorbellement central est entièrement recouvert d’un imposant décor en grès flammé, œuvre de l’incontournable Alexandre Bigot, qui simule une jungle touffue, faite de gigantesques fleurs et feuilles d’un vert profond et glauque. Le traitement assez rustique de cette végétation lui garde son caractère de sculpture, tout en lui ajoutant un aspect sauvage, presque effrayant. Ailleurs, les balcons portent des ferronneries d’un dessin très complexe, comme la porte d’entrée, figurant des tiges de chardons, épanouies et fleuries sur son large linteau. On retrouve le même motif dans la belle bordure en mosaïque du vestibule, seul ornement un peu riche d’un espace volontairement sobre.

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