jeudi 10 mai 2007

119 avenue de Wagram (17e arrondissement)


A première vue, cet imposant immeuble en pierre de taille n'apporte pas vraiment grand chose à l'histoire de l'Art Nouveau. C'est visiblement l'œuvre d'un suiveur, et non d'un pionnier. On lui trouvera même une sobriété assez terne, voire ennuyeuse. Alors, pourquoi parler d'un édifice, non signé, appartenant à la cohorte de ces constructions très banales qui n'ont pris au Modern Style que ses signes extérieurs de richesse ?
Ceci tient essentiellement à la personnalité de ses architectes, qui ne sont autres que les frères Auguste et Gustave Perret. Il ne s'agit pas tout à fait de leur premier édifice parisien, puisqu'ils avaient déjà fait, en 1901, un très modeste projet sur le boulevard Victor. Mais le 119 avenue de Wagram constitue leur première construction véritablement importante, et fut d'alleurs étrangement reconnue comme telle, la presse de l'époque l'ayant plusieurs fois publiée. La demande de permis date du 13 juin 1902 et le propriétaire n'était autre que "Perret et ses fils, 43 rue du Rocher". Une entreprise familiale, donc.
Il est assez difficile d'imaginer, devant ce grand mur de pierre, qu'Auguste Perret allait plus tard être appelé "l'apôtre du béton" (devenant véritablement célèbre, en 1913, avec la construction du théâtre des Champs-Elysées). Impossible, non plus, de supposer que, moins d'un an plus tard, au printemps 1903, la même équipe allait entreprendre le fameux immeuble de la rue Franklin, où C. Perret et ses fils seront à nouveau totalement associés, comme propriétaires mais également, et tous ensemble, comme architectes.


















Pour bien juger de l'œuvre présente, il faudrait l'imaginer un peu plus propre, état dans lequel je ne l'ai jamais connue. Apparemment, l'ondulation de la façade et l'imposante décoration florale accrochent particulièrement bien poussière et pollution... Ceci est très préjudiciable à l'appréciation d'une sculpture assez riche, figurant de longues branches s'élevant jusqu'au sommet de l'immeuble, où les Perret font l'expérience de leurs premières colonnes originales, constituées par des troncs d'arbres dont les buissons de feuilles servent de chapiteaux.
L'immeuble reste, évidemment, une pure curiosité. Il permet néanmoins de mesurer l'incroyable chemin qui allait être fait en un an, pendant lequel des architectes très ordinaires se métamorphoseront en créateurs de première importance. Il va sans dire qu'Auguste et Gustave Perret oublierons rapidement ce premier essai, sans aucun lien possible avec le reste de leur œuvre commune, puis avec celle d'Auguste seul.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

c'est ridicule, il est très bien ce bâtiment. Je vous conseille la lecture de "l'archiecture moderne, une histoire critique" de K. Frampton.(notament p.105)

Le mateur de nouilles a dit…

Chacun son goût, et chacun ses mots, bien sûr (et c'est pour cette raison que je publie le commentaire). Evidemment, l'immeuble est passionnant, d'un point de vue historique, mais il reste - à mes yeux - un galop d'essai d'une équipe d'entrepreneurs, avant qu'elle ne devienne, rapidement, une entreprise de pure architecture. Cet immeuble permet de comprendre le point de départ d'une formidable carrière.