jeudi 17 mai 2007

10 rue de Bretagne (3e arrondissement)


Le tout dernier édifice de Guimard, avant la Première Guerre mondiale, fut conçu pour M. Franck, demeurant 33, boulevard d’Argenson à Neuilly-sur-Seine, à l’angle de la rue de Saintonge. C’est d’ailleurs sur cette seconde voie que cet immeuble de bureaux fut déclaré. Mais la publication de la demande de permis, du 21 janvier 1914, ne mentionne aucun architecte. Le dossier de voirie, naturellement cherché dans les cartons de la rue de Bretagne conservés aux Archives de Paris et jusqu’ici considéré comme perdu, se trouve donc assurément classé à la rue de Saintonge.











L’œuvre apparaîtra décevante, tant elle est franchement dépourvue de décor, y compris sur un dessus de porte cruellement nu, qui semble encore attendre quelques-uns de ces jolis “coquillés” dont Guimard connaissait bien la recette. Heureusement, les parties hautes de l’édifice sont joliment dessinées, et quelques fontes discrètes viennent rappeler, devant plusieurs fenêtres, le maître qu’avait longtemps été leur auteur.
Malheureusement, la guerre éclata rapidement, forçant propriétaire et architecte à revoir leurs ambitions à la baisse à la fin du conflit. En mars 1919, l’immeuble n’était toujours pas terminé. Et tout porte à croire qu’il le fût ensuite un peu hâtivement.











A l’intérieur, les espaces communs sont mesquins, les escaliers incroyablement étroits, les mosaïques pratiquement indigentes. Seule la cage d’ascenseur - en fait, un monte-charge - garde une certaine allure, que commandait l’usage essentiellement économique de l’édifice.
Toutes ces observations ne doivent pas nous empêcher de deviner quelque chose de très émouvant dans cet ouvrage, conçu à une époque troublée, et trop vite terminé. La fin d’un monde heureux s’annonçait. Et le drame de la guerre est tout entier perceptible dans ce portrait évident de la désillusion, comme une dernière page douloureusement tournée avant le nouvel espoir des année 20.

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