dimanche 22 avril 2007

rue de Capri (12e arrondissement)


Promenons-nous à présent dans une très courte rue du 12e arrondissement, au nom déjà très poétique. Cette rue de Capri offre la particularité d'être l'œuvre exclusive d'un seul architecte, Ch. A. Lemaire, artiste qui fut assez prolifique, notamment dans l'ouest parisien. Pour ce que nous en connaissons, ses constructions sont toujours agréables à regarder, même si elles manquent parfois du petit grain de folie qui a fait le succès des grands bâtisseurs de son époque.
Ici, la surprise est réelle, puisque Lemaire ne s'est pas cru obligé de répéter à l'infini la même façade et le même décor, proposant ainsi une très grande variété visuelle. Il s'en trouve que, à côté d'immeubles sans grande originalité - normal, en cette époque tardive où l'Art Nouveau triomphant s'essoufflait de plus en plus dans ses concessions aux "grands styles" -, quelques autres apparaissent vraiment comme de jolies constructions, notamment aux n°1, 5 et 11 bis.
La seconde originalité de ce lotissement tient au fait que Lemaire était, pour l'essentiel, le propriétaire et le promoteur de ces édifices. D'ailleurs, dans les successives demandes de permis, il négligea souvent de se mentionne, soit comme architecte, soit comme commanditaire. Ces demandes se sont succédé du 24 juillet 1909 (pour le n°2, à l'angle de la rue de Wattignies), 3 août (n°4), 6 août (n°11), 10 août (n°1 bis), 17 août (n°8 et 11 bis), 30 août (n°6), 6 octobre (n°5), 11 octobre (n°1), 6 novembre (n°7), 10 novembre (n°12), 18 novembre (10 bis), 24 novembre (n°10), 5 janvier 1910 (n°9 et 12), jusqu'au 16 février 1910 (n°3 bis et 7). Dix-sept immeubles, donc, dont seulement trois n'appartenaient pas à l'architecte : le n°1 bis, à Mlle Pichot, demeurant à Boulogne-sur-Seine ; le n°3 bis, à M. Marc, 20 rue Louis-David, et le n7, à M. Fantou, 32 rue de la Croix-Nivert. Nous ignorons la raison d'une telle multiplication de demandes, souvent à quelques jours d'intervalle, mais elle dût être probablement financière.












D'une manière générale, on pourrait presque qualifier le décor de ces immeubles de "nancéens", tant ils sacrifient à la fleur de chardon, pour la décoration, ou aux hauts pinacles d'inspiration médiévale, si fréquents dans l'Art Nouveau de la capitale lorraine (au n°1, surtout). Ailleurs, au n°5, une porte s'inspire visiblement du modèle proposé par Guimard au Castel Béranger, et repris par Lavirotte dans son hôtel de la rue Sédillot, avec son grand arc interrompu par deux fortes colonnes. Plus loin encore, au n°11 bis, Lemaire a joué sur la fantaisie d'une décoration très élégante, assez ludique, et totalement gratuite. Les beaux immeubles - qui lui appartenaient tous - se remarquent ainsi par ces efforts particuliers de décoration, plus soignée et plus abondante.

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