dimanche 22 avril 2007

29 boulevard de Courcelles (8e arrondissement)


Cette grande et massive façade de pierre n'attire pas toujours l'attention au premier regard. Ses références au rococo sont si évidentes qu'on pourrait en négliger les beaux détails Art Nouveau : sculpture florale de Rouillière, ferronneries répétitives mais délicates, ondulation délicieuse de l'élévation, magnifique dessin des fenêtres sous comble.
Xavier Schœllkopf, architecte d'origine russe, est avec Jules Lavirotte l'un des maîtres de la veine baroque de l'architecture 1900. Tout comme son confrère, il n'a pas énormément construit. Et, malheureusement pour lui, ses œuvres les plus importantes, les hôtels Sanchez de Larragoiti (avenue d'Iéna) et Guilbert (avenue Berthier), ont été défiguré ou détruit. Il nous reste néanmoins cet important immeuble, un peu plus tardif, construit pour Mme Bertrand. Celle-ci déposa sa demande de permis de construire le 30 mars 1901. Un peu plus d'un an auparavant, le 7 mars 1900, propriétaire et architecte s'étaient déjà associés pour la surélévation de la propriété adjacente, 90 boulevard Malesherbes, et Schœllkopf y dessina un escalier qui ressemble beaucoup à celui du boulevard de Courcelles.





Car, peut-être plus que la façade, ce sont les espaces communs qui se révèlent ici remarquables, en particulier la somptueuse décoration de l'allée carrossable qui permet, en contournant entièrement la loge du concierge, de déposer les invités - au sec - devant un extraordinaire vestibule. Jolie idée d'architecture fonctionnelle ! La cage d'escalier, adoptant la forme ondulante d'une sorte de haricot, laisse déborder de sa rampe en fer forgé des fleurs de chardon - qui partage avec l'iris la riche ornementation de cet intérieur -, où se cachent poétiquement les ampoules électriques.
Rouillière fut le sculpteur fidèle de Schoœllkopf, et avait dessiné pour lui l'extraordinaire façade et l'impressionnant escalier en pierre de l'hôtel de la chanteuse Yvette Guilbert. Par la qualité de son travail, il mériterait amplement de partager la paternité de cet immeuble, dont la taille constituait un défi décoratif tout à fait considérable, et bien plus difficile que pour un plus modeste hôtel particulier.

2 commentaires:

sorella a dit…

Cette cage d'escalier quelle merveille! Bravo pur la photo!

Guiom, filmmaker a dit…

Ah mon cher ! ... En voyant cela, je nous imagine semblables à Edmond de Goncourt et Théo Gauthier (toutes proportions gardées), parcourant bras dessus-bras dessous et en larmes ces lieux toujours existants qui nous rappellent que tant d'autres au moins aussi beaux ont été détruits... Et bien sûr ce sont toujours les plus beaux qu'on a démolis...
Guiom, filmmaker