mardi 27 mars 2007

76 avenue d'Italie (13e arrondissement)



















Une de mes plus récentes découvertes fut cet immeuble à l'angle de l'avenue d'Italie et de la rue de Tolbiac. Je l'ai surnommé la "Maison des bouches", à cause de sa décoration sculptée très singulière, principalement constituée de têtes humaines, criant, riant ou paraissant pleurer, ne se singularisant véritablement que par l'expression de leurs bouches. Une intention symbolique paraît évidente, même s'il est possible de la trouver un peu obscure.
L'édifice est signé et daté "G. Just et E. Denis / architectes / 1901". Selon la demande de permis de construire, du 25 mars 1901, le propriétaire s'appellait Volbold, et habitait 13 rue Saint-Jean, à Dreux (Eure-et-Loire). Les deux architectes, pour leur part, habitaient dans le voisinage, au 66 avenue d'Italie.
Le dessus de la porte d'entrée donne le ton de la maison, avec ce jeune homme ouvrant grand la bouche. Il s'agit d'un portrait évident, et le sculpteur a volontairement montré ses dents et détaillé ses mèches de cheveux, ainsi que sa barbiche mal peignée !
Le vestibule, qu'on peut apercevoir au travers de la porte vitrée, cache une autre surprise : quatre panneaux de mosaïques murales, très lointainement inspirés par le célèbre affichiste Mucha. Sur le sol des parties communes de ce rez-de-chaussée, d'autres mosaïques sont également visibles. Mais, là, de toute évidence, leur auteur semble avoir consulté le luxueux album publié en 1898 par Hector Guimard sur le Castel Béranger, cet immeuble construit rue La Fontaine (16e arrondissement), qui le fit connaître au public et lui assura immédiatement une certaine célébrité. Sans être des emprunts au sens propre du terme, ses motifs sont très comparables aux fameux coups-de-fouet guimardiens ! Néanmoins, l'accumulation des détails, la complication de chaque panneau, ainsi que l'apparition déroutante de quelques iris trop réalistes, permettent d'avoir l'assurance que Guimard lui-même n'a aucun rapport avec cette création. Ses propres mosaïques de sol étaient beaucoup plus sobres, et leur composition était mieux équilibrée. Nous évoquerons d'ailleurs un autre jour un autre immeuble où le même mosaïste a réalisé un pastiche similaire, peut-être un peu mieux réussi.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Juste pour la petite histoire, un peu loin des nouilles...
Il y avait à cet emplacement une guinguette au 19e, le Grand Salon, où fut assassiné le Général Bréa en 1848. Une chapelle en bois fut construite en sa mémoire, puis démolie en 1871, l'emplacement devant resté inutilisé. En 1901, Volbolde, un petit vendeur de café dans les rues de Paris, gagne au jeu la somme de 250 000 F. Il les investit dans la construction de cet immeuble. A sa mort, l'immeuble fut vendu aux enchères publiques et acheté par un certain François Belin qui le légua à sa mort en 1931 à sa commune natale, Nolay, en Sâone et Loire...
Les fresques (les 4 saisons), les stucs, les portes sont en très bon état, j'espère qu'ils le resteront...